Comment exercer l’autorité ?

Un élément qui joue un rôle important dans la vie professionnelle, et qui est souvent lié aux questions d’épuisement professionnel ou de découragement, c’est la question des relations hiérarchique. L’autoritarisme, le mépris ou le simple manque de reconnaissance deviennent vite insupportables et peuvent miner une personne en profondeur.

Mais cette question de l’autorité revient tout autant chez les managers et dirigeants, qui se demandent comment exercer l’autorité.

C’est une question d’autant plus délicate que le principe même de l’autorité a été largement remis en question ces dernières décennies. On n’envisage plus les relations hiérarchiques de la même façon qu’à l’époque de nos parents ou grands-parents.

Pour le dire de façon caricaturale, l’autorité est plutôt mal vue, l’heure est aux rebelles. Dans les écoles et les universités, dans les discours politiques, on encourage les étudiants et les citoyens à être critiques, capables de s’indigner, à affirmer leur singularité.

Jusqu’à un certain point, cela peut avoir un côté sympathique et correspond à une dimension importante de la dignité humaine : celle de la liberté personnelle, de l’unicité de chacun, d’un besoin de créativité et d’accomplissement qui ne peuvent se déployer sans une marge d’autonomie importante.

Mais en même temps, il est évident qu’une société, une entreprise ou même simplement une famille, ne peuvent survivre, se développer et atteindre leurs objectifs sans une mobilisation suffisante de chacun vers les objectifs communs. Ce qui suppose une certaine organisation, une hiérarchie, et donc l’exercice de l’autorité. Une société humaine sans structure et autorité ne peut survivre. Elle dégénère dans la rivalité et le conflit, et finit par se disloquer.

Mais alors comment exercer l’autorité de telle sorte qu’elle respecte la légitime aspiration à l’autonomie, en même temps que les exigences de la vie en société ?

Je propose de répondre à cette question en partant d’une image. Un jour que je me promenais dans la campagne avec quelques amis, nous sommes arrivés aux abords d’une abbaye. Un moine attira notre attention sur une statue qui surmontait le porche d’entrée. C’était une statue de saint Benoît, singulièrement étonnante parce que celui-ci était représenté avec de grandes oreilles, disproportionnées. L’explication était la suivante : dans une abbaye, l’autorité de l’Abbé est appelée à s’exercer avant tout par l’écoute.

Je me suis alors rappelé que l’étymologie du mot « obéir » signifie précisément « écouter ». Dans une abbaye, le supérieur est celui qui est appelé à obéir le plus : voilà pour les grandes oreilles de saint Benoît.

Mais revenons à nos entreprises, à nos familles, à notre travail : nous pouvons également en retenir que la clé du juste exercice de l’autorité réside dans l’écoute.

Une écoute à développer dans 3 directions :

  • A l’égard de nos subordonnés tout d’abord : un leader doit être capable d’écouter et d’entendre les besoins de son personnel. Que de difficultés d’autorité peuvent s’apaiser simplement par l’écoute ! Commencer par écouter simplement, sans chercher à résoudre les difficultés. Il n’est pas rare en effet que la personne écoutée ne formule elle-même les solutions aux problèmes rencontrés.
  • Écoute ensuite en direction des supérieurs. Que penser en effet de l’autorité d’un chef incapable d’obéir lui-même à ses propres chefs ? Un bon critère d’analyse de notre exercice de l’autorité consiste donc à observer les éventuelles discordances dans nos rapports descendants et ascendants.
  • Enfin, le juste exercice de l’autorité doit s’appuyer sur l’écoute du réel. Accepter la réalité, y compris lorsqu’elle nous contrarie, est la condition indispensable pour éviter les pièges de l’idéologie, ferment de tous les autoritarismes.

 

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