Pourquoi faut-il travailler ?

Comme le dit le dessinateur Quino, « Travailler pour gagner sa vie, ok. Mais pourquoi faut-il que cette vie qu’on gagne, il faille la gaspiller à travailler pour gagner sa vie ? ». Une réflexion un tantinet compliquée, je vous l’accorde. Mais il est vrai que face aux efforts que demande toute activité professionnelle, on est bien tenté de se demander si nous ne sommes pas faits pour les vacances plutôt que pour le travail !

Figurez-vous que cette réflexion est très ancienne. Elle est même à l’origine du mot travail, qui désignait dans l’Antiquité un engin à trois pointes, le tripallium, qui servait à immobiliser les grands animaux (chevaux, bœufs), et aussi utilisé aussi comme instrument de torture !

Le travail était donc perçu négativement. C’est pour cette raison qu’il était réservé aux esclaves. Aristote dit ainsi que si les navettes des métiers à tisser circulaient toutes seules, les maîtres n’auraient pas besoin d’esclaves.

Par opposition aux esclaves, l’homme libre n’était pas astreint à cette obligation de travailler. Il pouvait vaquer à ses loisirs. Mais à quels loisirs pouvaient donc s’occuper les maîtres qui étaient libres ? Pour vous donner une idée, le mot « loisir » se disait en latin schola, qui a donné notre mot… école ! Avouez qu’il n’est pas certain que les écoliers ou les étudiants considèrent l’école comme un loisir…

Cela peut pourtant nous donner une première indication pour répondre à la question « Pourquoi travailler ? ».

Si on y réfléchit, serions-nous vraiment heureux si on nous disait que nous n’aurions plus rien à faire dans la vie ? Que nous pourrions vaquer à nos distractions, à de petites occupations sans importances, pour passer le temps, mais que nous ne pourrions plus rien entreprendre : ne plus avoir aucune activité professionnelle, mais également ne plus étudier, ne plus se cultiver, ne plus éduquer d’enfants, ne plus avoir d’engagements associatifs, ne plus développer de projets avec d’autres. Car tout cela, c’est bien du travail. Pour saisir la signification et le sens du travail, il importe donc de l’entendre dans un sens plus large que la notion trop restrictive d’emploi. On peut en effet appeler « travail » toute activité humaine par laquelle nous apportons quelque chose à la société.

Or, tous ces travaux, par lesquels nous réalisons quelque chose dans la vie, ne constituent-ils pas en grande partie ce qui donne sens à notre existence ? Demandons-le aux personnes qui sont sans emploi ou en incapacité de travail ou qui sont obligées d’arrêter de travailler : c’est une grande souffrance de se sentir inutile. Demandons-le aussi aux jeunes qui se lancent dans la vie : leur but n’est quand même pas de ne rien faire !

La conclusion de ceci est que, si on y réfléchit, il ne faut pas travailler, comme si cette obligation nous était imposée de l’extérieur. Le travail correspond davantage à une motivation intérieure de faire quelque chose de sa vie. En d’autres termes, ce n’est pas vraiment le travail en lui-même qui pose problème. C’est plutôt le contenu concret de tel ou tel travail, ou la façon dont il est organisé, ses contraintes, les conditions dans lesquelles nous devons l’exercer.

Si nous sommes confrontés à de telles difficultés, une première façon de les appréhender est donc de ne pas rejeter le travail en tant que tel, ou de fuir dans le rêve d’une vie de loisir qui nous décevrait très vite. Au contraire, ne sentons-nous pas, au fond de nous, le désir de réaliser quelque chose de notre vie ? La vraie question à se poser n’est donc pas de savoir pourquoi il faut travailler, mais plutôt : « Comment pourrais-je faire pour que mon travail puisse devenir le moyen par lequel je réalise ce « quelque chose » qui donne sens à mon existence ? ».

 

Commentaires

  • Bonjour Xavier. Merci pour ton article et pour ce nouveau blog que tu lances.
    Je rêve d’un monde où chacun puisse s’épanouir dans et par son travail, où les entreprises seront ce lieu d’épanouissement et de contribution à un monde meilleur. J’essaye d’y contribuer à ma modeste mesure par mon propre « travail ». Il faudrait peut-être commencé par changer de mot. Au lieu de parler de travail, pourquoi ne pas parler d’épanouissement. Un salarié pourrait dire qu’il a un contrat d’épanouissement de 38h par semaine et parfois il en fait un peu plus, parce qu’il en veut plus ! Faire ce que l’on aime et si ce n’est pas encore possible commencer par aimer ce que l’on fait pour y trouver cette source de croissance.
    A bientôt, Pierre

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